Le Congrès de la Société Suisse de Sociologie (7-9 septembre 2009) sur le thème "Identité et transformations des modes de vie" nous a donné l'opportunité d'organiser une séance plénière et un atelier pour pouvoir discuter et approfondir des thémathiques qui nous intéressent.

Séance plénière "Identité et travail"

Les interventions ont permis de croiser 3 types de rapports entre travail et politique. Elles traitaient différents milieux professionnels mais aussi mobilisaient différentes perspectives analytiques.

Julian Mischi (INRA / CEASER), Appartenances professionnelles et actions militantes : les reconfigurations des sociabilités populaires

L’intervenant a développé son propos autour de l’idée centrale suivante : la solidarité et les conflits qui étaient/sont spécifiques au milieu professionnel, en l’occurrence les chantiers navals et l’industrie qui gravite autour, sont importés, retraduits ailleurs, dans les loisirs. C’est dans un contexte de démobilisation politique (fragilisation de la culture de classe) que la mobilisation est réorientée en dehors du PCF, mais toujours en lien avec les appartenances professionnelles. La lutte pour la défense d’une activité de loisir constitutive du groupe, la chasse, reprend le savoir-faire de la lutte syndicale et les grilles de lecture du monde professionnel. Il plaide donc pour une approche globale et non sectorialisée d’analyse, contraire à la spécialisation croissante des sous-champs sociologiques. En d’autres termes, il faut situer les individus dans la pluralité de leurs sphères d’appartenance.

Danièle Linhart (CRESPPA / CNRS), Travail et citoyenneté

L’intervenante a actualisé un tableau des contraintes au travail liés aux nouvelles formes de management capitaliste, en s’intéressant principalement aux ouvriers et aux employés. Surinvesti au travail, y compris personnellement, le travailleur est isolé et a du mal à trouver le lien entre la valeur qu’il confère à son travail et son rôle social (du mal à réaliser la valeur qu’il donne au travail, pourrait on dire) et du coup est en mal de reconnaissance. En suivant cette réflexion, l’individualisation au travail implique en premier lieu une perte de sens collectif (dénaturation de la socialisation au travail) dont découlent la souffrance au travail et l’affaiblissement du lien avec la société. C’est justement une gestion collective du travail qui permet de créer ce lien. Dans ce cadre, le lien avec la politique est inexistant (ou ne se fait plus…).

Florent Champy (CESTA), Les « professions à pratique prudentielle » : appartenance et identité

L’intervenant a apporté un éclairage différent concernant les professions de fait plutôt élitistes ou très protégées : architectes, médecins, magistrats ou policiers. Il a cherché à présenter très rapidement son positionnement dans la sociologie des professions : revenir de l’insistance portée sur les diversités internes à une profession pour penser et articuler ensemble diversité et unité. Selon lui, l’unité d’une profession passe notamment par un socle commun de valeurs alors que la diversité se retrouve au niveau des pratiques professionnelles elles-mêmes. Dans ce positionnement, il aboutit à des catégorisations différentes de celles usuelles et distingue des professions à pratique prudentielle, c’est-à-dire dans lesquelles il y a un débat sur les finalités du métier et de la manière de faire l’activité, autrement dit un travail de hiérarchisation des valeurs. Le lien avec la politique tient à l’incorporation de délibérations dans les dilemmes auxquels sont confrontés ces professionnels dans leur pratique dite « prudentielle » pour cette raison.

Atelier "Comment les appartenances sont-elles vectrices d’identité en période de crise ?"

Les présentations et les discussions ont permis de dégager un certain nombre de points (vous pouvez en consulter l'appel):

  • Le croisement entre mythe de la profession (porté par des représentants ou par des représentations sociales) et dégagement de collectifs ou de sentiments d’appartenance par la pratique ; c’est la difficile question des rapports entre croyance constituée (déontologie, mythologie, religion…) et croyance en pratique ou croyance pratique.

  • Le sentiment d’appartenance peut être vue comme une ressource pour surmonter une crise, mais il n’est pas forcément avantageux d’un point de vue stratégique (amélioration de la situation, négociation dans un rapport de force). De même, l’appartenance professionnelle semble favoriser dans certains cas une continuité malgré les changements (réactivation de mythes professionnels, peu d’attrait pour de nouveaux modèles).

  • Le décalage entre groupe dominant et groupe dominé au sein d’une même activité professionnelle. Ce constat récurrent amène avec lui un certain nombre de questions : Ce genre de décalage réduit-il le sentiment d’appartenance ? Se traduit-il dans des visions du politique différentes ?

  • Le contraste entre un mouvement de déprofessionnalisation (remise en cause du sens et du cadre d’exercice de la profession) et un acharnement des travailleurs dans leur travail, investi de sens (collègues, clients, promotion, métier, etc…), même dans des conditions de travail difficiles du moment que la durée de socialisation au travail soit minimale.

Participants

Catherine Delhoume (Institut Polytechnique Lasalle, France), Les identités professionnelles agricoles en France, des identités en mutation

Jérémie Forney (Université de Neuchâtel, Suisse), Métier bousculé et redéfinition des solidarités. Les agriculteurs romands face à l’ouverture des marchés

Marilène Vuille (Haute Ecole La Source, Suisse), La profession de sage-femme : stratégies identitaires en situation de crise

Sophie Barreau (Université Sorbonne Nouvelle, UMR CERLIS 8070, France), Fragmentations des appartenances professionnelles à la télévision française

Aguilar Virgen et alii (Université de Genève, Suisse), Posséder une identité professionnelle : possibilités et limites, le cas des aides-soignants en anesthésie dans un hôpital universitaire

Marie Gagné (Université d’Ottawa, Canada), L’appartenance au travail : un engagement différent selon les milieux socio-économiques

Léonor Graser (Université Sorbonne Nouvelle, UMR CERLIS 8070, France), Le romancier dans l'espace social et littéraire : la construction de l'être écrivain, entre vocation et profession

Natalie Benelli (Université de Lausanne, Centre en Etudes Genre LIEGE, Suisse), Construction sexuée de l’identité dans un sale boulot féminin : le cas du nettoyage intérieur de bâtiments

Mise à jour le Mardi, 16 Août 2011 09:35
 
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