Les agriculteurs : un groupe professionnel soumis à des transformations radicales

Les agriculteurs ont connu depuis les années 1990 un grand nombre de bouleversements au point que leur disparition est souvent évoquée. La question centrale pour nous est de savoir comment ce groupe réagit aux différents processus de mutation qui le fragilisent.

Les transformations du groupe professionnel

Les transformations qui affectent les agriculteurs se situent sur plusieurs registres. Premièrement, la libéralisation des marchés affectent directement leurs activités, avec l'exemple de la crise du marché du lait qui touche durement les producteurs de lait, le groupe qui fait l'objet de cette étude. Si les pressions de rentabilité se font bien entendu plus fortes, cette évolution remet également en question également un mode d'organisation de la profession. Avec la fin de la réglementation des quotas de production par la Confédération, la profession se voit dans l'obligation de s'organiser pour négocier avec les autres acteurs de la filière. L'impact de cette évolution est d'autant plus fort que les relais traditionnels du monde paysan auprès des instances politiques ont perdu une partie de leur pouvoir d'influence (Sciarini, 1995) et que ce groupe professionnel est traversé par des clivages liés aux divers types de production.

En second lieu, les modes de subvention ont également connu d'importants changements avec l'introduction des paiements directs (Droz/Forney, 2007). Les subventions sont en partie conditionnées au respect d'un cahier des charges écologiques qui entre en contradiction avec une pratique professionnelle orientée traditionnellement vers le productivisme. De plus, les nouvelles politiques agricoles ont rendu la question des subventions visible dans la sphère publique et en ont fait un enjeu politique.

Des changements structurels doivent également être pris en compte. En premier lieu, la proportion de cette catégorie professionnelle dans la population active est en diminution constante (entre 1970 et 2000, le nombre de paysans (exploitants) est passé de 173’890 à 58’162 (données du recensement/OFS). Alors qu'elle représentait autrefois une part importante de la population rurale, les agriculteurs forment maintenant une minorité, un phénomène encore accentué avec l'arrivée des « nouveaux ruraux », des citadins venant s'installer à la campagne pour le cadre de vie (Hervieu/Viard, 1996). Alors que les agriculteurs ont longtemps été caractérisés par de denses réseaux de sociabilité locale et et par un poids important dans la gestion de la chose publique, nous nous pouvons nous poser la question dans quelle mesure ces évolutions démographiques affecte la cohésion de ce groupe professionnel.

Au niveau des exploitations agricoles, la diminution de leur nombre va de paire avec leur modernisation et leur agrandissement. Les nouvelles contraintes écologiques nécessitent également souvent de nouveaux investissements ou de réaménager une partie de l'infrastructure.

En résumé, les restructurations des politiques agricoles ont grandement affecté la taille et l’identité du groupe (Blaser et al., 1999 ; Herrmann, 1990 ; Mieg et al., 1994 ; Moser, 1994). A ce titre, notre recherche vise à comprendre comment les agriculteurs encore en activité ou venant de reprendre une exploitation se partagent entre la défense de conceptions basées sur des valeurs traditionnelles, les ressentiments et les craintes face à leur situation économique ou des options novatrices, comme l’agriculture biologique, la gestion managériale ou la diversification de leurs activités.

Rapport au politique

Le rapport au politique des agriculteurs est traditionnellement orienté à droite et se combine avec un intérêt pour les enjeux locaux, à l'instar de la maîtrise du territoire (Kayser 1990 ; pour plus précisions sur le rapport au politique des agriculteurs voir aussi Boussard et al., 1995 ; Purseigle, 2004). Des changements peuvent néanmoins potentiellement affecter ce rapport. Face aux transformations qui affectent la pratique professionnelle des agriculteurs, nous pouvons nous poser la question de savoir si la jeune génération est toujours porteuse d'un mode d'appartenance centré sur le local et le milieu paysan et sur les anciennes formes d'adhésions politiques. Au contraire, on peut s'interroger sur les nouvelles formes d'investissement de sociabilité traditionnelles (chorales, sociétés sportives, pompiers, etc), voire comment se reproduisent les formes traditionnelles. Ces questions sont d'autant plus pertinentes au moment où un nouveau mouvement protestataire a émergé, suite à la crise du marché du lait, et peut potentiellement représenter une recomposition des rapports au politique.

Terrain

L'enquête porte sur les producteurs de lait en raison, d'une part, des bouleversements ayant affectés le marché du lait, d'autre part, du mouvement protestataire qui émergé en réponse à ceux-ci. Elle s'articule également autour de deux clivages avec pour objectif de déterminer en quoi ils affectent ou non les solidarités locales et la composition de « communautés » professionnelles. Les clivages se situent entre les producteurs de lait d'industrie et de lait de fromagerie, et entre les régions linguistiques (alémanique ou romande).

 

Consultez la bilbiographie sur ce groupe professionnel.

Mise à jour le Mardi, 16 Août 2011 09:34
 
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